La monnaie locale

La monnaie se définit comme une unité de compte (« combien ça coûte ? »), un moyen d’échange accepté pour régler une dette (un salaire, un crédit immobilier, la facture d’électricité), et une réserve de valeur (l’argent est mis de côté pour être dépensé plus tard, caché sous un lit, placé sur un livret d’épargne). Ces trois fonctions économiques sont associées à la monnaie depuis l’Antiquité grecque. La monnaie existe sous plusieurs formes. La première, la plus connue et la plus ancienne, est celle « fiduciaire » : ce sont les pièces et les billets. La seconde est la plus courante : c’est celle « scripturale ». Il s’agit des écritures qui sont représentées sur les relevés de compte, qui permettent les virements, les prélèvements, les paiements « sans contact ».

A la réponse « Qui fait la monnaie ? », la réponse la plus évidente est l’Etat, la banque centrale. C’est vrai, mais seulement pour les pièces et les billets en euros : ceux-ci constituent la monnaie publique, légale, c’est-à-dire dont l’existence, les effets sont définis dans la constitution ou la loi. Cette monnaie publique n’est qu’une partie infime de la monnaie utilisée chaque jour. L’essentiel de ce que l’on appelle « monnaie » correspond aux moyens de paiement mis à la disposition des citoyens, des entreprises par les établissements bancaires. Chaque fois qu’un crédit est accordé, de la monnaie privée, bancaire est créée.

La monnaie publique et la monnaie privée sont étroitement liées.

Chaque fois que je retire des espèces avec ma carte de paiement, je transforme la monnaie privée en monnaie publique, et inversement quand je remets des espèces au guichet. Proches, ces deux monnaies ne se confondent pas. La monnaie publique est émise par une institution publique au service de l’intérêt général : sa distribution est gratuite, sa détention anonyme, sa remise vaut paiement immédiatement. La monnaie privée est le « fonds de commerce » des banques commerciales qui poursuivent des intérêts privés : elle est payante à travers les taux d’intérêt, les frais de gestion de compte, elle est personnelle, la dette n’est éteinte qu’une fois finalisé le jeu d’écritures entre la banque de l’acheteur et celle du vendeur.

Ces deux types de monnaie se rejoignent sur point : elles aseptisent notre quotidien. Elles font de l’échange entre individus une opération strictement comptable. L’échange est mécanique, déshumanisé, indifférents aux participants, aux produits, services achetés. On m’indique le prix, je pose ma carte bancaire sur le terminal de paiement. Merci. Au revoir. Peu importe l’origine du produit, du service. Peu importe la localisation du vendeur ou de l’acheteur. Peu importent les conditions de production, le bilan carbone, etc.

La monnaie locale a pour objectif de réintroduire du sens, de l’humanité dans nos échanges.

Elle ne vise pas à remplacer les monnaies traditionnelles, mais à les compléter. Cette monnaie permet de régler les achats du quotidien de biens ou de services. La monnaie est nécessairement émise au sein d’une communauté locale d’utilisateurs (ville, métropole, département voire région). Sa production comme son utilisation répondent à des objectifs sociaux, environnementaux, et/ou de solidarité, définis démocratiquement par ses utilisateurs. L’échange est réencastré dans une communauté de proximité. Par exemple, deux heures passées auprès d’une personne âgée peuvent ainsi générer 4 unités d’une monnaie locale qui est acceptée par une épicerie solidaire, laquelle travaille exclusivement avec des fournisseurs locaux bio réglés avec cette monnaie. Ceux-ci paient à leur tour leurs salariés en monnaie locale qui pourra être utilisé pour payer l’accès à la piscine municipale, régler des impôts locaux, etc.

La France a été le premier pays européen à encadrer juridiquement la création de monnaie locale. Aujourd’hui, plus de 80 monnaies locales existent. Pourquoi ne pas exploiter cet outil monétaire démocratique au service de la valorisation du territoire messin autour d’objectifs de transition écologique, de diffusion culturelle et de solidarité ? Une expérience (« le Beanz ») a été tentée par un réseau de commerçants en 2018 pour redynamiser le centre-ville de Metz et réduire leurs frais bancaires. Dépourvue d’une vraie philosophie d’action collective, définie démocratiquement entre consommateurs, entreprises, producteurs locaux, elle n’a pas réussi à s’imposer contre les monnaies traditionnelles.

Lien utile : https://sol-monnaies-locales.org/

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